Fleye
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AprÚs plusieurs années, je me permets de laisser un avis.
Je suis entrĂ©e Ă l'institut C.M, dans l'unitĂ© Elan'go, de maniĂšre « forcĂ©e ». J'avais alors 13 ans et je ne comprenais mĂȘme pas ce que signifiait une hospitalisation psychiatrique. Dans mon esprit, je pensais que c'Ă©tait comme dans les films, oĂč l'on reste allongĂ© dans un lit d'hĂŽpital Ă attendre.
Je suis entrĂ©e Ă lâhĂŽpital en dĂ©cembre 2014, quelques jours avant NoĂ«l. JâĂ©tais perdue, sans repĂšres, sans moyen de communication, coupĂ©e du monde. Pour la premiĂšre fois de ma vie, je fĂȘtais NoĂ«l seule, Ă 13 ans, entourĂ©e de personnes que je ne connaissais pas, avec des pensĂ©es suicidaires envahissantes.
Mais dĂšs mes premiers jours Ă l'hĂŽpital, cette envie de fuir Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sente. Ce nâĂ©tait pas un lieu de soin, mais une cage.
Il n'y avait aucune intimité.
Les infirmiers et infirmiĂšres me regardaient constamment de haut, ce regard condescendant qui vous fait sentir que vous nâĂȘtes quâune enfant en « crise dâado ».
Avec le temps, j'ai compris que ma seule chance de sortir de là n'était pas de guérir, mais de faire semblant d'aller mieux. Cela est devenu mon unique objectif pendant cette hospitalisation.
Je n'ai jamais eu le sentiment dâĂȘtre Ă©coutĂ©e ou entendue. Aucun signe de compassion, aucune humanitĂ©.
Je vous partage quelques détails de cette expérience, à la lumiÚre du fait que j'avais à peine 13 ans et que je suis venue avec des pensées suicidaires :
- Une rĂ©sidente m'a frappĂ©e, sans qu'il y ait de surveillance. Si cette fille avait Ă©tĂ© plus forte, je nâaurais probablement pas eu que des bleus.
- Les infirmier-Ăšres m'ont laissĂ©e ramasser des morceaux de verre, alors qu'ils auraient pu sâen charger (rappel : j'Ă©tais suicidaire)
Vous devinez la suite : je me suis coupĂ©e. Pas pour mourir, mais pour qu'on mâĂ©coute, qu'on me rassure, qu'on mâaide. Je n'ai rien obtenu de tout ça. Juste de la culpabilisation.
Vous vous dites sans doute qu'aprĂšs cela, ils mâont grondĂ©e et mâont ensuite Ă©coutĂ©e et rassurĂ©e ? Bien sĂ»r que non ! J'ai Ă©tĂ© mise en isolement. Par « chance », jâai Ă©chappĂ© Ă l'attachement.
Je me suis installée dans un coin, attendant, cherchant la moindre distraction, la moindre horloge pour me reconnecter à la réalité.
Le seul rappel Ă la rĂ©alitĂ© dont je me souviens, ce sont ces regards hautains des adultes qui mâobservaient furtivement Ă travers la vitre.
Je ne sais mĂȘme plus combien de temps jây suis restĂ©e. 15m ? 30m? 1 heure ? Tout ce dont je me souviens, câest de ce temps long, un temps douloureux, oĂč lâon essaie de me faire croire que jâĂ©tais en tort, une enfant Ă problĂšme.
Voici lâimage quâils mâont donnĂ©e : une enfant capricieuse en quĂȘte d'attention.
âą Un jour, une nouvelle patiente est arrivĂ©e. Je me souviens quâon la dĂ©crivait comme une personne horrible, un monstre, une personne dangereuse.
Je me souviens aussi dâavoir vu des gens barricader sa porte.
Mais cette fille, elle n'Ă©tait pas mauvaise c'Ă©tait une enfant, une enfant qui mĂ©ritait dâĂȘtre Ă©coutĂ©e, traitĂ©e avec dignitĂ©.
Ironiquement, les adultes la voyaient comme un monstre, une enfant à problÚmes qu'il fallait enfermer et non aider. Ils la réduisaient à son agressivité.
On ne peut pas attendre dâun enfant traumatisĂ©, rejetĂ© et maltraitĂ© quâil ne rĂ©agisse pas avec agressivitĂ©.
En sortant de l'hÎpital, les seules « leçons » que j'ai retenues sont
⹠Une nouvelle méthode de scarification, sans outils.
âą Une façon de mâenivrer comme si jâavais consommĂ© de la drogue.
Sur quatre mois dâhospitalisation, ce sont les seules choses que j'ai retenues.
Pendant tout mon sĂ©jour, je nâai pas Ă©tĂ© Ă©coutĂ©e, ni comprise, ni soutenue, ni prise au sĂ©rieux.
Je ne garde aucun bon souvenir, sauf celui d'une infirmiĂšre de nuit.
En 10 ans, l'Ă©tablissement, le service, la structure, et mĂȘme le personnel soignant ont sans doute Ă©voluĂ© de maniĂšre positive. Mais cela ne gomme pas le traumatisme laissĂ© par cette hospitalisation.
En résumé, comme vous pouvez l'imaginer, je ne recommande pas cet établissement.
C'est un peu long et répétitif, mais nécessaire pour moi.